Sainte Marie-Euphasie Pelletier

 

L'église de Noirmoutier

Sainte Marie-Euphrasie Pelletier fut religieuse. Elle n'est jamais venue au Canada. Aucun, ni aucune, d'ici ne peut donc se réclamer de sa lignée. 

Comme nous verrons, en tant que fondatrice et supérieure générale des Soeurs du Bon-Conseil d'Angers, elle a envoyé de ses religieuses établir un monastère à Montréal en 1844. Si elle n'a pas de descendance biologique chez nous, elle en a cependant une d'ordre spirituel: nos religieuses du Bon-Pasteur. A ce titre, elle fait partie de notre histoire. Sa biographie figure dans les sections hagiographiques de nos bibliothèques.

D'ailleurs, son seul patronyme mérite l'attention des Pelletier. En généalogie, ce n'est pas uniquement la communauté d'origine qui génère les associations de famille, mais aussi la communauté patronymique. Ainsi l'association des Pelletier regroupe des membres qui partagent le même nom, mais qui sont de diverses origines. Tous les Pelletier qui ont illustré notre nom méritent notre attention. Nous sommes fiers de constater que notre nom a été honoré par des célébrités de tous les domaines: par des hommes politiques, par des gens d'Église, par des artistes, etc. Ce patronyme qui nous est cher. Sainte Marie-Euphrasie l'a illustré à sa façon. Grâce à elle, notre patronyme a fait sa place parmi les saints du ciel. Avec le Frère Didace, fils unique de Georges Pelletier, qui au début de la Nouvelle-France est mort en odeur de sainteté, notre sainte a le mérite d'avoir honoré notre nom commun par ses vertus exemplaires.

Ceci dit, notre propos n'est pas de faire ici un récit élaboré de la vie de notre sainte. Il existe d'excellents ouvrages sur le sujet. Citons ceux que nous avons consultés: La bienheureuse Mère Pelletier, par Henri Joly;  Sainte Marie-Euphrasie Pelletier, par Emile Georges, Eudiste;

Sainte Marie-Euphrasie Pelletier, par Denise Pezzoli. Nous voulons tout juste présenter en résumé les princi­pales étapes de sa vie et de sa car­rière. Assez, espérons-nous pour sus­citer l'envie de la mieux connaître.

 

Enfance de Rosé-Virginie Pelletier
Son nom de baptême était Rosé-Virginie. Elle est née à l'île de Noinnoutier, au large des côtes bretonnes, le 31 juillet 1796. Son père Julien, chirurgien, fuyant la Vendée, cruellement meurtrie par les séquelles de la Révolution française, s'était réfugié là avec sa famille. Quand son père mourut en 1806, Rosé-Virginie avait donc 10 ans. Sa mère, veuve, dut donc la placer chez les Ursulines. Petite fille, sa person­nalité s'affirmait déjà. Espiègle, tur­bulente et imprévisible, ses éducatrices la jugèrent capable du meilleur comme du pire: 
« Vous serez ange ou démon »« Je serai religieuse », répliqua-t-elle. Après être revenue dans sa Vendée d'origine, avec ses enfants, madame Pelletier (qui mourra bientôt) mit Rosé-Virginie, âgée de 14 ans, en pension dans une institution de Tours, La Maison de l'Association chrétienne.

 

Vocation religieuse
Près du pensionnat, se trouvait un monastère dit le Refuge. C'était l'oeuvre des religieuses Notre-Dame de Charité, fondation de S. Jean Eudes. Les religieuses s'y engageaient par un voeu spécial à accueillir et à héberger les pécheresses publiques dites les Pénitentes ainsi que les petites orphelines qui avaient besoin d'être protégées. Rosé-Virginie, qui s'était déjà promis d'être religieuse, présentait sans doute que sa vocation serait de cet ordre: faire oeuvre de miséricorde et de protection auprès des faibles et des abandonnés. A l'insu de tous, en particulier de son tuteur (sa mère était morte), elle se présenta chez la Mère prieure du Refuge et demanda d'être admise comme novice. Informé, son tuteur, qui la trouvait trop jeune pour un tel engagement, refusa d'abord. Puis, en 1815 (Rosé-Virginie avait 19 ans) il le lui permit, mais à condition qu'elle ne prononçât pas de voeux perpétuels avant l'âge de 21 ans. Effectivement, elle ne fera sa profession que le 9 septembre 1917, sous le nom de Marie-Euphrasie.

 

Son ascendant
Nous serions tenté de dire: "son ascension". Ses qualités, et sans doute ses vertus furent vite remarquées. On ne tarda pas à lui confier des postes de responsabilité. Aussitôt que professe, elle fut nommée maîtresse des Pénitentes.

Et dès 1925, elle était nommée supé­rieure de son institution, ce qui avait exigé la demande d'une dispense,

puisqu'elle n'avait que 29 ans, âge en dessous de l'âge réglementaire. Elle ne tarda pas non plus à prendre des initiatives qui préfigurèrent les créations qu'elle allait accumuler à son crédit. A l'intérieur de sa propre maison, elle fonda une autre véritable communauté religieuse, les Made­leines, qu'elle recruta parmi les Péni­tentes réfugiées dans son monastère de Tours. En 1831, elle était nommée supérieure à Angers, où elle s'empressa de fonder une autre commu­nauté de Madeleines.

 

Création du généralat, à Angers
Ses rapides promotions et le succès de ses initiatives ne manquèrent pas de susciter des suspicions dans son entourage: on murmura qu'elle n'était motivée que par l'ambition. La réalité était tout autre. Apostolique, elle rêvait de se conformer au testament laissé par le Christ à ses apôtres:

« Allez, évangélisez toute la terre ». « Je veux la terre, déclara-t-elle, je veux le monde ». Elle communiait au même esprit qui avait inspiré d'autres ordres religieux, tel celui des Jésuites, qui s'étaient donné, par constitution, un supérieur général, sous la juridiction immédiate du pape, de façon à ne pas limiter leur travail d'évangélisation à un pays, à un diocèse. A l'image de l'Église universelle, ils voulaient un champ d'action universel (nous  dirions aujourd'hui: « international »). A l'instar de ces ordres religieux. Mère Marie-Euphrasie rêvait de libérer sa congrégation de ses limites locales et diocé­saines. Elle rêvait de réunir toutes les maisons sous une direction unique: une supérieure générale, sous la juridiction immédiate du pape. Pour comprendre les difficultés de réalisation de ce projet, rappelons que l'Église de France était alors tentée par ce qu'on a appelé le gallicanisme: défendre l'autonomie administrative de l'Église nationale et locale contre l'autorité centrale de Rome. Les démarches de Mère Marie-Euphrasie suscitèrent donc l'opposition tant de certaines religieuses que des évêques. À Rome, le jésuite Holman se fit le défenseur de sa cause. De nouvelles constitutions furent élaborées en conséquence. Et Rome acquiesca enfin. Le généralat demandé fut décrété. A partir de ce moment, Angers devenait la vraie capitale du Bon-Pasteur. D'où la nouvelle désignation de l'ordre: Les Soeurs du Bon-Pasteur d'Angers.

 

L'expansion universelle de l'ordre
Assez naturellement. Mère Marie-Euphrasie fut nommée première Supérieure générale de l'ordre. Dès lors, sous la gouverne des plus dynamiques, les fondations se multiplièrent à un rythme accéléré, à Rome d'abord (1838),. puis dans toute l'Europe : France, Angleterre, Belgique, Allemagne. Pour la France seulement, mentionnons : Saumur, Poitiers, Grenoble, Metz, Nancy, Amiens, Lille, le Puy, Reims, Arles, etc., puis hors de l'Europe, les États-Unis: Louiseville, Saint-Louis, Philadelphie, l'Amérique latine: Chili, l'Afrique: l'Algérie et l'Egypte, l'Inde, l'Australie, la Birmanie. Etc. À la mort de Mère Marie-Euphrasie, le 24 avril 1868, l'ordre comptera plus de 2000 professes dans 110 monastères, 384 novices, 309 soeurs tourières, 962 Madeleines, 6372 Pénitentes. Ses principales réalisations étaient, entre autres: des hôpitaux, dispensaires, écoles de puériculture, foyers pour orphelines et filles abandonnées, écoles de tous niveaux, maisons de désintoxication, etc...

 

Fondation de Montréal
À cette époque, Mgr Bourget était évêque de Montréal, diocèse de Montréal, diocèse en pleine phase d'organisation. Les lacunes étaient nombreuses. Pour les combler, Mgr Bourget multiplia les voyages en Europe afin d'y recruter des congré­gations religieuses: hommes et femmes. Le P. Léon Pouliot, SJ. en fait le récit dans son ouvrage:

Monseigneur Bourget et son temps. Nous lui empruntons les informations qui suivent A Rome, il visita la maison que dirigeaient les Religieuses du Bon-Pasteur; et il décida de passer à la maison-mère d'Angers. Il n'eut pas de peine à s'entendre avec Mère Marie-Euphrasie Pelletier. Il accepta les conditions prudentes qu'on mettait à la fondation de Montréal. Après son retour à Montréal, il continua, par ses lettres, ses instances auprès de la Mère générale. Le passage de Mgr Provencher à Angers, au début de 1844, mit fin à toutes les hésitations de la Maison-mère. Le 7 juin de la même année, 4 religieuses du Bon-Pasteur arrivaient à Montréal. Mgr Bourget tint au courant la Mère générale des progrès de l'oeuvre, et, soucieux de ne pas intervenir dans la régie interne de la communauté, il faisait tenir, par la Générale, aux religieuses de Montréal les conseils que lui dictaient sa prudence et sa charité.

 

La sainte
Nous n'entrerons pas dans la vie spirituelle intime de Sainte Marie-Euphrasie Pelletier. Ses nombreuses lettres et entretiens révèlent les vertus qui lui vaudront d'être canonisée. Si une vertu devait résumer toutes les autres, ce serait la charité, dévorante, qui la guidait dans ses relations avec ses inférieures: "Que je suis heureuse de voir l'affectueuse charité, la paix, l'esprit d'union qui régnent parmi vous...Ah! oui, cette oeuvre est vraiment l'oeuvre de Dieu". De même, dans la fondation de ses oeuvres au service des personnes en difficulté:

« Selon l'esprit de notre vocation, nous devons nous faire tout à tous ».

A l'instar de ses fondations, les étapes du processus de sa canonisation se succédèrent à un rythme relativement rapide. Dix-huit ans après sa mort, en 1886, sa cause fut introduite à Rome. Le 11 décembre 1887, Léon XIII la déclarait vénérable. En 1933, Pie XI la déclarait bienheureuse. Et, en 1940, Pie XII déclarait solennellement que nous pouvions invoquer Mère Marie-Euphrasie Pelletier: l'Église ajoutait à son catalogue hagiographique Sainte Marie-Euphrasie.

Maurice Pelletier, S.J.

 


Sainte Marie-Euphrasia Pelletier

 

Auteur : Maurice Pelletier, S.J.
Publié en page 5 de La Pelleterie, volume 7, no 3 - été 1994. 
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