George Pelletier

 

Quelqu'un a dit : « La sainteté consiste à bâtir une maison intérieure pour y loger Dieu ». Cela s'applique parfaitement à ce religieux récollet (franciscain) qui vécut en Nouvelle-France de 1657 à 1699. Un charpentier-menuisier fort habile, en même temps qu'un vrai saint, ce frère Didace! Voilà plus de trois siècles, malgré quelques éclipses, que la dévotion populaire ne cesse d'honorer ce saint de chez-nous et en obtient des faveurs nombreuses. Pour les Franciscains et pour Mgr André-Marie Cimicella, responsable du Comité des fondateurs de l'Église canadienne, le temps est venu d'introduire formellement la cause de béatification du frère Didace Pelletier.

C'est Mgr de Saint-Vallier qui présenta lui-même les premiers Actes en 1701 et 1713. À la suite d'une neuvaine faite au tombeau de ce saint à Trois-Rivières, l'évêque de Québec qui avait été guéri d'une fièvre opiniâtre : «Nous, Jean, Evêque de Québec, attestons... qu'au dernier jour de la neuvaine... nous fûmes soulagé et guéri... C'est le témoignage que nous devons à la vérité et que nous rendons bien volontiers pour marquer, au frère Didace notre reconnaissance... »

Georges Pelletier, originaire d'un faubourg de Dieppe (Normandie) émigre au Canada en 1654 et s'installe sur une terre à Sainte-Anne-de-Beaupré. L'été suivant, sa femme, Catherine Vanier, vient le rejoindre. Leur premier enfant naît le 28 juillet 1657 : il se nommera Claude, avant de devenir le frère Didace. Il aura deux soeurs, Marie-Madeleine et Catherine. C'est Mgr de Laval qui donne le sacrement de confirmation à Claude et à Madeleine en 1966. «Claude devient un jeune homme fort et robuste, élevé par des parents pauvres en vérité de biens temporels, mais riches de vertus» nous dit son biographe, le père Joseph Denys, Récollet. Un contemporain grave son portrait, très ressemblant aux dires du père Denys qui a sans doute commandé ce tableau. On y voit un homme de forte carrure, l'air bon et souriant, à la chevelure frisée et touffue, présentant une main large et solide de travailleur manuel.

Dans la Nouvelle-France qui vient de naître, on a le plus grand besoin de bâtisseurs : tout est à faire! «Bien que doué de beaucoup d'esprit et de pénétration pour tous les arts, Claude apprend le métier de charpentier». En 1676, on construit une nouvelle église de pierre à Sainte-Anne-de-Beaupré: Claude, alors âgé de 18 ans, y a sans doute travaillé. A-t-il fait partie de la «Confrérie des menuisiers de Madame Sainte Anne», fondée à Québec en 1657? Son père Georges Pelletier devient le premier marguillier de Sainte-Anne (1669) et à partir de 1671, il assume les tâches de bedeau pour une vingtaine d'années.

 

Le bâtisseur de Dieu

Âgé de 21 ans, Claude Pelletier entre chez les Frères mineurs récollets à Québec dont le couvent Notre-Dame des Anges fait partie des actuels bâtiments de l'Hôpital Général de cette ville. En 1679, Claude revêt la bure franciscaine et portera désormais le nom de frère Didace, en l'honneur d'un saint de l'Ordre, Didace d'Alcala.

Le récollet Joseph Denys est chargé de fonder des chapelles et églises conventuelles à Percé, Ile Bonaventure, Terreneuve, Montréal, Québec, Trois-Rivières : pour ces entreprises hardies à l'époque, il demande l'aide du frère Didace. Il passera vingt ans avec lui, devenant son confesseur, ami, supérieur et plus tard son biographe. Il avait vite remarqué le frère Didace pour son esprit de dévouement, son humeur égale, sa grande charité et ses talents de bâtisseur. Le père Denys avait aussi reconnu la sainteté de Didace par sa fidélité à ses voeux (au travers de grandes luttes intérieures), son obéissance héroïque dans les plus petites choses, sa pauvreté extrême et ses jeûnes, son amour ardent de la Vierge Marie.

Mais le père Denys trouve que le frère Didace y va une peu fort et lui enjoint de se ménager : «...lorsque je lui présentai qu'il ne pouvait vivre longtemps en ne donnant aucune relâche à la nature, le frère Didace me priait, étant son supérieur, de le laisser faire... aimant mieux mourir dix ans plus tôt et avoir la consolation d'avoir observé notre règle que de vivre dix ans plus tard et d'avoir à se reprocher de s'être épargné... ajoutant que la religion s'était passée de lui avant qu'il y fût et qu'elle s'en passerait bien encore après sa mort!»

 

L'église de Trois-Rivières

C'est en travaillant à la construction de l'église des Récollets à Trois-Rivières que le frère Didace contracte  une  pleurésie  qui l'emportera. Il meurt paisiblement en compagnie de ses confrères et de son vieux papa, récitant lui-même la prière des agonisants. On place sa dépouille dans la crypte du couvent : ce lieu est actuellement la propriété de l'Eglise épiscopalienne.

Dès son décès, la ferveur populaire le canonise! On lui attribue des guérisons, prodiges, faveurs de toutes sortes. La première enquête canonique a lieu huit mois après son décès et son image circule partout.

Deux siècles plus tard, en 1894, c'est le bon frère Frédéric de Guyvelde qui donne le meilleur coup de pouce à la cause en publiant une biographie du frère Didace Pelletier.

Il fait imprimer 200 000 images qui sont distribuées dans toute la province. Depuis, on continue de le prier, surtout à Sainte-Anne-de-Beaupré où il est né et dans la région trifluvienne où il est décédé. On peut voir sa statue dans une niche de la façade de la basilique de Sainte-Anne.

Bien des points historiques demeurent obscurs : mais comme le dit si bien René Bacon, o.f.m. : «La cause du frère Didace pourrait bien, après tout, avoir davantage besoin d'intercesseurs et de croyants que d'historiens savamment docu­mentés». Souhaitons que des fouilles archéologiques sérieuses aient lieu dans un avenir rapproché afin qu'on puisse retrouver, identifier et honorer la précieuse dépouille du saint frère Didace Pelletier.

 

Lucie Bélinge

Article publié à l'origine dans la revue Notre-Dame du Cap, numéro d'octobre 1992 dans la chronique Saints et Saintes.

 


Frère Didace Pelletier, le bâtisseur de Dieu

Auteur : Lucie Bélinge
Publié en page 5 de La Pelleterie, volume 6, no 4 - été 1992. 
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