Préambule géographique.

Le ruisseau, ainsi que le rang du Point-du-Jour-Sud, se trouvent immédiatement à l’est de la ville de L’Assomption, sur la rive nord du Saint-Laurent. Cet endroit, de la paroisse de Saint-Pierre du Portage, faisait autrefois partie de la seigneurie de Saint-Sulpice.

 

Il était une fois au Point-du-Jour…

Il y a longtemps, par un samedi de l’an 1774, le 25 juin avant midi, le notaire Daguilhe s’est rendu en la maison de pierre de Charlotte Chavigny dite Durand et de Jean-Baptiste Pelletier afin de prendre en note et faire lecture d’un accord de famille.

Un accord qui déclarait officiellement que le partage convenu en 1770 du bien paternel entre quatre héritiers ; Jean-Baptiste Pelletier fils, François Pelletier, Joseph Pelletier et Angélique Pelletier « autorisée à l’effet des présentes » par son époux Dominique Irebour, avait changé de teneur.

En effet, le fils, Jean-Baptiste Pelletier, en échange d’une terre sise sur la rivière de l’Achigan, renonçait à la terre, et à la maison de pierre, situées sur le ruisseau du Point-du-Jour.

Au fil des années et au fil des actes notariés qui suivront, ces héritiers ont vendu leur part et c’est en 1789, le 26 septembre, que le passage des Pelletier sur la terre du Point-du-Jour était définitivement devenu chose du passé.

Définitivement ? Non !

Il n’y a pas si longtemps, par un agréable lundi de l’an 2002, le 16 septembre après midi, deux descendants de ces Pelletier sont revenus sur les lieux de leur origine pour visiter la terre située au 101, Point-du-Jour-Sud à l’Assomption.

Les portes se sont ouvertes avec l’aide précieuse de monsieur Marcel Blanchard et de la Société d’histoire de l’Assomption permettant ainsi à Jean-Denis Pelletier et moi, Pascal Pelletier, tous deux accompagnés de nos conjointes, de franchir le seuil du temps et de partir brièvement à la recherche de la trace de nos ancêtres.

Les propriétaires actuels, monsieur et madame Lafortune, nous attendaient devant la maison. Une fois les présentations faites, la reconnaissance du milieu et les photographies d’extérieures prises, monsieur Lafortune raconta comment son grand-père avait été le premier des Lafortune à habiter cet endroit dont la famille précédente, les Debussat dit Saint-Germain, avait transformé la maison en poulailler !

Puis pour un temps, la maison de pierre est devenue un entrepôt pour les foins avant d’être réaménagée et redevenir habitable. L’intérieur ne reflète donc plus ce qu’il était du temps des Pelletier. Où est la trace alors ?

C’est en montant au grenier que l’on découvre ces poutres d’origine qui forment la charpente de la maison. Ces poutres équarries par les constructeurs Pelletier portent encore les traces des coups de haches. Fait remarquable, ces poutres sont reliées grâce à des chevilles en bois. Puis, c’est aussi à cet endroit que l’on peut voir les pierres qui soutiennent les murs de la maison, nous sommes revenus en 1774 le temps d’un moment.

Il suffit de lire le bulletin de la Société d’histoire de l’Assomption, la « Souvenance » volume 14, numéro 2 pour apprendre en détail l’histoire générale de cette maison de pierre qui se tient encore debout malgré ses approximatifs 262 années de loyaux services.

Mais quelle est brièvement l’histoire de ces Pelletier d’avant 1724 ?

Le premier habitant du Point-du-Jour, Pierre Pelletier est né à Neuville le 3 août 1673, baptisé le 5 au même lieu. Il est le fils du pionnier et patriarche Pierre Pelletier et de Françoise Trochet dite Richard, fille du Roy et veuve de François Matoret. Son frère, Noël Pelletier, devenu capitaine de milice est demeuré à Neuville et sa descendance, peu nombreuse, se retrouve encore aujourd’hui dans la région de Québec.

C’est ce pionnier Pierre Pelletier qui est arrivé en Nouvelle-France vers les années 1665 / 1666 depuis la commune de Saint-Martin-de-Fraigneau qui existe encore dans la Vendée actuelle.

Quelles sont les raisons qui ont conduit ce pionnier Pelletier vers les rives du Saint-Laurent ? Mes recherches actuelles n’apportent pas cette réponse qui, peut être, existe encore dans les vieux registres en France. Il suffira d’investir pour aller retrouver là-bas, la trace de l’ancêtre. 

Avant le départ, monsieur  Blanchard s’est fait un devoir de nous amener voir l’autre maison de pierre que l’on retrouve encore au Point-du-Jour Sud, celle où naquit le comédien Hector Charland qui incarna à la radio l’avare Séraphin Poudrier. Cette maison est en bien piteux état et elle ne survivra plus tellement longtemps à nos hivers. Le mur arrière est celui qui va s’effondrer le premier, suivi du toit.

C’est ce qui peut arriver à la maison Pelletier dans un avenir rapproché si rien n’est fait pour sauver ce bâtiment dont la structure de pierre a bien besoin de travaux de consolidation. Monsieur et madame Lafortune ont réussi au fil des années à préserver l’héritage de cette maison dont ils parlent avec beaucoup de fierté mais il faut bien prendre conscience qu’ils ne pourront pas retenir les œuvres du temps indéfiniment.

Qu’adviendra-t’il ensuite de la maison qui a vu naître les ancêtres de la chanteuse Marie-Denise Pelletier, de l’artiste Jean-Paul Riopelle ou encore de monseigneur Maurice O’Bready pour ne citer que ceux qui, parmi les plus connus, sont à ma mémoire au moment d’écrire ces lignes?

La société dans laquelle nous vivons aujourd’hui permet à ses gouvernements de dépenser des millions de dollars annuellement en publicité pour nous rappeler qui nous sommes. Mais pourquoi perdons-nous notre temps à nous définir de cette façon s’il risque de ne rien subsister de notre passé pour y asseoir les bases de notre avenir ?

L’avocat du Diable, ou le ministre des finances, affirmera que la collectivité préservera toujours et du mieux qu’elle le désire les grands édifices encore utiles et à la vue de tous tels que les églises, les presbytères, les collèges ou les vieux bistrots. À la fin du jour, il oubliera de mentionner que pour construire ces édifices, il a d’abord fallu apprendre à bâtir des maisons de pierre.

 

Pascal Pelletier
St-Amable

 


Il était une fois au Point-du-Jour

 

Auteur : Pascal Pelletier
Publié dans La Pelleterie, bulletin 48, volume 16, No 4 - hiver 2002.
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©Association des Familles Pelletier Inc. / Photos : © Collections privées de Pascal Pelletier, Jean-Denis Pelletier et Richard Lebrun